Pourquoi la Groseille pays n’est-elle pas vraiment une groseille ?
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Avec sa couleur rouge intense et sa saveur acidulée, la Groseille pays semble porter un nom parfaitement logique.
Pourtant, d’un point de vue botanique, ce n’est pas du tout une groseille.
Et ce que nous appelons souvent sa « fleur » n’est pas vraiment la fleur non plus.
Une groseille qui appartient à la famille des hibiscus
La véritable groseille rouge, celle que l’on trouve surtout dans les régions tempérées, pousse sur un arbuste appelé Ribes rubrum. Elle appartient à la famille des Grossulariacées et produit de petites baies translucides réunies en grappes.
La Groseille pays, elle, porte le nom botanique de Hibiscus sabdariffa. Elle appartient à la famille des Malvacées, comme les autres hibiscus, mais aussi le gombo, le coton et le cacao.
Ces deux « groseilles » sont donc des plantes complètement différentes. Leur ressemblance tient principalement à leur couleur rouge et à leur goût acidulé.
Le nom « Groseille pays » est devenu familier dans la Caraïbe francophone, mais il ne décrit pas sa véritable identité botanique.
La partie rouge n’est pas la fleur
On parle très souvent de « fleurs d’hibiscus » pour désigner les morceaux rouges que l’on fait sécher ou infuser.
En réalité, ce ne sont pas les pétales de la fleur.
La véritable fleur de la Groseille pays possède généralement des pétales jaune pâle ou crème, avec un centre rouge foncé. Elle ressemble beaucoup plus à la fleur d’un hibiscus classique qu’à la matière rouge que nous retrouvons dans nos préparations.
La partie charnue utilisée en cuisine est le calice.
Le calice se trouve à la base de la fleur. Il est composé de sépales, de petites pièces végétales qui entourent et protègent le bouton floral avant son ouverture.
Après la floraison, ces sépales grossissent, s’épaississent et deviennent charnus. Ils prennent alors cette magnifique couleur rouge sombre caractéristique de la Groseille pays.
Au centre se trouve une capsule contenant les graines. Lors de la préparation, cette capsule est généralement retirée pour ne conserver que le calice rouge.
Les descriptions botaniques distinguent ainsi la fleur aux pétales clairs, le calice charnu pouvant atteindre environ cinq centimètres et la capsule plus petite placée en son centre.
Lorsque nous achetons de la Groseille pays séchée, nous n’achetons donc pas réellement des fleurs d’hibiscus, même si cette expression est largement répandue. Nous achetons principalement des calices.
Une même plante, des noms différents
La Groseille pays est aujourd’hui cultivée dans de nombreuses régions tropicales. Au fil de ses voyages, elle a reçu une multitude de noms.
En Afrique de l’Ouest, elle est notamment connue sous le nom de bissap. Au Nigeria, on parle de zobo et, au Ghana, de sobolo. En Égypte et au Soudan, elle devient le karkadé.
Au Mexique, elle est appelée flor de Jamaica, tandis que dans une partie de la Caraïbe anglophone, on la connaît sous le nom de sorrel. En Jamaïque, la boisson rouge préparée avec du gingembre et des épices est particulièrement associée aux fêtes de Noël.
Les recettes varient, mais toutes commencent par le même geste : séparer la capsule remplie de graines du précieux calice rouge.
Une erreur de nom plutôt poétique
La Groseille pays n’est donc pas une véritable groseille. Elle n’est pas non plus une petite baie rouge.
C’est un hibiscus tropical dont le calice devient charnu après la disparition de la fleur.
Mais son nom populaire raconte malgré tout quelque chose de son histoire. En l’appelant « Groseille pays », les habitants de la Caraïbe se sont approprié cette plante venue d’ailleurs et lui ont donné une identité bien à elle.
La prochaine fois que vous observerez une Groseille pays fraîche, regardez-la de plus près : la capsule se trouve au centre, entourée de grandes pointes rouges.
Ce que vous tenez entre vos doigts n’est pas une groseille.
Ce n’est pas non plus la fleur.
C’est le calice — et c’est lui qui donne à toutes nos préparations leur couleur si spectaculaire.