Boldo : êtes-vous sûr de connaître la plante qui se cache derrière ce nom ?
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Demandez à plusieurs personnes de vous montrer du Boldo et vous pourriez vous retrouver face à des plantes complètement différentes.
Au Chili, ce nom désigne un arbre du climat tempéré. Au Brésil, il peut être donné à une plante aromatique de la famille de la menthe. En Martinique, notre Boldo est encore autre chose : un arbuste tropical aux grandes feuilles arrondies, nommé Polyscias scutellaria.
Même nom, trois plantes, trois familles botaniques et des origines séparées par des milliers de kilomètres. Bienvenue dans l’un des plus beaux casse-têtes des noms populaires.
Le Boldo que Google vous montre n’est probablement pas le nôtre
Tapez simplement « Boldo » dans un moteur de recherche. Les premiers résultats concernent généralement Peumus boldus, le Boldo du Chili.
Cette espèce appartient à la famille des Monimiacées et pousse naturellement dans le centre et le sud du Chili.
C’est également cette plante chilienne que les textes européens désignent officiellement par l’expression « feuille de boldo ». Autrement dit, lorsqu’un document réglementaire, une monographie ou une liste d’allégations mentionne seulement le Boldo, il faut lire le nom botanique avant d’en tirer la moindre conclusion.
Car le Boldo employé par Karib Aromatik n’est pas Peumus boldus.
Il s’agit de Polyscias scutellaria, l’espèce reconnue sous le nom de « boldo » en Martinique par la base ethnobotanique caribéenne TRAMIL.
En Martinique, le Boldo appartient à la famille du lierre
Polyscias scutellaria appartient aux Araliacées.
C’est la grande famille botanique dans laquelle on retrouve notamment le lierre et les ginsengs du genre Panax. Nous sommes donc très loin du Boldo chilien.
La plante se présente comme un arbuste ou un petit arbre tropical. Ses feuilles épaisses et brillantes sont portées par de longs pétioles. Elles peuvent être presque rondes, largement ovales ou légèrement réniformes.
Chez certaines formes cultivées, leur marge ondule ou se replie de manière à évoquer une petite coupe.
Cette silhouette lui a valu des noms anglais particulièrement imagés, comme shield aralia, « aralia bouclier », ou cup leaf, « feuille coupe ».
Dans les jardineries internationales, on la rencontre aussi comme plante ornementale, parfois sous des formes compactes ou panachées qui paraissent très différentes du Boldo vert de nos jardins.
Et le Boldo brésilien est encore une autre plante
Pour compliquer un peu plus l’enquête, le mot « Boldo » est également employé au Brésil pour désigner plusieurs espèces aromatiques, notamment Coleus barbatus, longtemps appelé Plectranthus barbatus.
Cette fois, la plante appartient aux Lamiacées, la famille du basilic, de la menthe et du Gros Thym.
Le résultat est vertigineux :
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Peumus boldus est une Monimiacée ;
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Coleus barbatus est une Lamiacée ;
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Polyscias scutellaria est une Araliacée.
Ces plantes ne sont pas différentes variétés d’un même Boldo. Elles occupent des branches botaniques distinctes.
Le mot commun crée l’illusion d’une identité partagée. Le nom scientifique, lui, remet immédiatement chaque plante à sa place.
Une plante venue de l’autre côté du monde
Notre Boldo martiniquais n’est pas originaire de la Caraïbe.
Plants of the World Online, la base botanique des jardins royaux de Kew, situe Polyscias scutellaria entre la Malésie orientale et le sud-ouest du Pacifique, notamment dans les Moluques, en Nouvelle-Guinée, dans les îles Salomon, les îles Santa Cruz et au Vanuatu.
Kew le décrit plus précisément comme un cultigène.
Ce mot mérite que l’on s’y arrête. Il désigne une plante connue principalement sous une forme cultivée et dont l’histoire a été façonnée depuis longtemps par les humains. Sa géographie d’origine ne se résume donc pas nécessairement à la découverte d’une population sauvage intacte dans un lieu unique.
Au fil de sa circulation dans les régions tropicales, Polyscias scutellaria a été introduit dans plusieurs territoires de la Caraïbe, dont Haïti, la République dominicaine, Porto Rico, les îles Sous-le-Vent et Trinidad-et-Tobago.
TRAMIL atteste parallèlement son nom martiniquais : boldo.
Mais pourquoi l’avons-nous appelé Boldo ?
C’est la question la plus difficile.
Les sources consultées ne permettent pas encore de retracer avec certitude le moment où le nom chilien a été appliqué à Polyscias scutellaria en Martinique.
Peut-être le nom a-t-il voyagé avec une réputation avant d’être associé localement à une plante différente. Peut-être plusieurs traditions se sont-elles croisées.
Sans document historique précis, ce ne sont que des hypothèses. L’honnêteté consiste donc à laisser la question ouverte plutôt qu’à fabriquer une jolie étymologie.
Ce que cette énigme montre avec certitude, en revanche, c’est que les noms de plantes ne circulent pas toujours avec les espèces.
Un nom peut traverser les langues et les territoires, changer de végétal et finir par paraître parfaitement évident à celles et ceux qui l’emploient depuis toujours.
Un nom ne suffit jamais à identifier une plante
Le cas du Boldo n’est pas une petite subtilité réservée aux botanistes. Il change entièrement la plante dont on parle.
Une photographie, une tradition familiale ou un résultat trouvé en ligne ne peut pas être transposé d’un Boldo à l’autre simplement parce que le même mot apparaît sur l’étiquette.
Chez Karib Aromatik, le Boldo présent dans Ti Fréchè Rafraîchissement est Polyscias scutellaria.
Écrire ce nom en entier n’est pas du jargon inutile : c’est la seule manière d’éviter que notre Boldo martiniquais soit confondu avec l’arbre chilien ou avec les Boldos brésiliens.
Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous parlera du Boldo, une seule question permettra de commencer la véritable histoire : quel Boldo ?